Connaissez cette bande dessinée représentant un arbre et une balançoire ? Une métaphore visuelle de l’expression du besoin qui montre comment une demande simple (la création d’une balançoire) peut être interprétée de manière très différente par le client, le chef de projet, l’analyste, le développeur, …
Quand tout le monde ne voit pas la même chose
Au cours d’un même projet, un commercial et un technicien peuvent être d’accord et employer les mêmes mots pour décrire une fonctionnalité, mais être en désaccord total lors de la livraison de la solution.
Le commercial indique « ça ne fonctionne pas », le technicien répond « pourtant, tout fonctionne ». Tous deux sont de bonne foi.
Un commercial peut décrire à ses clients une fonctionnalité d’un site, alors que les enjeux stratégiques ne prévoyaient même pas d’explorer ce chemin.
Les développeurs impliqués à 300%, peuvent livrer une balançoire à terre. Ils étaient déjà positionnés sur les starting blocks, ‘full-motivés’ à itérer une nouvelle fois pour le nouveau défi : relever la balançoire !
Le chef de projet, par manque de temps, peut créer des spécifications dans lesquelles la balançoire est ‘peut-être un peu trop proche du tronc ‘, rendant son utilisation quasi impossible et créant de la dépendance technique pour l’équipe de développement.
Et puis il y a le client.
Il est ravie et se balance avec un grand sourire sur sa nouvelle ‘balançoire-pneu’, malgré sa demande initiale de balançoire innovante à trois étages.
Alors… qui avait mal compris le besoin initial ? Peut-être personne.
Besoin de plus de communication ?
On entend souvent qu’il faut mieux communiquer. Ou communiquer davantage. Pourtant, multiplier les réunions, les mails et les documents ne garantit pas que tout le monde se comprenne mieux. La quantité d’information ne remplace pas la qualité des échanges.
Il peut être plus utile de créer, à certains moments clés du projet, de courtes plages de travail collectif pour confronter les représentations, poser les questions qui dérangent et vérifier que chacun parle bien de la même chose. Il ne s’agit pas de travailler constamment ensemble, mais de savoir quand se retrouver pour prendre le diapason et accorder les instruments.
Car un projet ne déraille pas nécessairement faute de compétences. Il peut dérailler faute d’alignement. Et l’alignement ne se décrète pas. Il se construit, volontairement.
Besoin de pLus de fondations ?
Chacun a simplement construit sa propre représentation du besoin à partir de son métier, de son expérience, de ses contraintes et de ses objectifs propres.
Alors comment éviter de construire cinq balançoires différentes à partir d’une même demande ?
Avant même de parler de fonctionnalités, revenons un peu plus sur les fondations :
- Quel problème cherche-t-on réellement à résoudre ?
- Pour qui ?
- Quel changement concret doit-on observer si le problème est résolu ?
- Quels sont les objectifs de chacun des acteurs du projet ?
- Quelles contraintes chacun doit-il prendre en compte ?
- Qu’est-ce qui doit absolument être commun à tous ?
- Quels visuels, schémas ou maquettes peuvent rendre visible ce que les mots ne permettent pas de préciser ?
Une expression du besoin efficace ne consiste donc pas seulement à recueillir une demande et à la transmettre. Elle consiste à construire progressivement une compréhension commune.
Une symphonie plus qu’une balançoire ?
Finalement, c’est peut-être là que la métaphore de la symphonie prend tout son sens.
Dans un projet digital, chacun possède sa propre partition, son vocabulaire, ses contraintes et sa manière de regarder le projet. L’objectif n’est pas de faire disparaître ces différences, mais de permettre à chacun de jouer dans la même direction.
Un projet bien aligné n’est pas un projet dans lequel tout le monde pense la même chose. C’est un projet dans lequel chacun comprend suffisamment bien ce que les autres cherchent à construire.

