Les 1001 façons d’écrire une User Story (et pourquoi elles existent)

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Contrairement à une idée largement répandue, Scrum ne définit pas de modèle officiel pour écrire une User Story. Au fil des années, les équipes ont adapté leur manière de formuler les besoins en fonction de leur contexte, de leur produit et de leur façon de collaborer.

Cet article propose de faire le tour des principales approches afin de comprendre non seulement comment elles s’écrivent, mais surtout pourquoi elles existent.


1. La User Story n’a jamais eu de format officiel

C’est probablement ma première surprise.

Le Guide Scrum ne parle jamais du format (« En tant que… Je veux… Afin de…« ). Il ne définit pas non plus ce qu’est une User Story.

Le guide décrit simplement le Product Backlog comme une liste ordonnée d’éléments représentant le travail nécessaire pour améliorer le produit. Ces éléments peuvent prendre différentes formes : fonctionnalités, corrections de bugs, améliorations techniques, recherches, expérimentations, etc.

La User Story est donc une pratique, pas une règle de Scrum, et change donc avec les pratiques, équipes et produits.

Son origine remonteraiy à Extreme Programming (XP), où Ron Jeffries la résumait par la règle des 3C.

La user-story XP (Extreme Programming) :

Autrement dit, la carte n’était jamais censée contenir toute la spécification. Elle servait avant tout à déclencher une conversation.

Au fil des années, d’autres approches sont apparues : Lean, Product Discovery, Design Thinking, SAFe, Kanban… Chacune a fait évoluer la manière d’exprimer un besoin.

C’est pourquoi il existe aujourd’hui une grande diversité de formats. Ils ne sont pas concurrents ; ils répondent simplement à des situations différentes.


2. Les grandes familles de User Stories

Il existe des dizaines de variantes. Ce tableau m’aide à comprendre dans quel contexte chacune apporte de sa valeur.

FamilleFormatQuand l’utiliser ?Pourquoi existe-t-il ?AvantagesLimites
User Story classiqueEn tant que [persona], je veux [objectif], afin de [bénéfice/valeur]Fonctionnalités orientées utilisateurGarder l’utilisateur au centre de la réflexionSimple, largement connue, favorise les échangesLe persona peut être artificiel ou peu utile
Job StoryLorsque [situation], je veux [motivation], afin de [résultat attendu]Lorsque le contexte d’utilisation est plus important que le profil utilisateurComprendre ce qui déclenche réellement le besoinTrès orientée usage réel, utile en Product DiscoveryMoins intuitive pour les équipes habituées aux User Stories classiques
Story techniqueMettre à jour… / Migrer… / Remplacer…Dette technique, architecture, infrastructureRendre visibles les travaux techniques indispensablesIntègre la technique dans le backlog produitN’exprime pas directement une valeur utilisateur
Spike StoryExplorer… / Évaluer… / Comparer…Lorsque l’équipe manque d’informationsRéduire les incertitudes avant le développementLimite les risques et éclaire les décisionsNe produit généralement pas de fonctionnalité livrable
Enabler StoryPréparer… / Mettre en place… / Créer les fondations…Préparer une évolution futureConstruire les capacités nécessaires avant une fonctionnalitéAnticipe les besoins techniques ou organisationnelsValeur métier parfois difficile à percevoir
Bug StoryCorriger… / Résoudre…Corriger un dysfonctionnementIntégrer les anomalies dans le backlogFacilite la priorisation avec les autres travauxTous les bugs ne nécessitent pas une Story dédiée
Workflow StoryPermettre à [acteur métier] de [réaliser une étape]Applications métier, processus internesDécrire un processus métierTrès adaptée aux logiciels d’entreprisePeu pertinente pour des produits grand public
Opportunity StoryLes utilisateurs ont des difficultés à… ou Comment pourrions-nous aider… ?Product DiscoveryDécrire un problème avant de chercher une solutionEncourage l’exploration et évite de figer une solutionDemande une certaine maturité produit

Ce tableau montre une chose essentielle : le choix d’un format dépend davantage du problème à résoudre que de Scrum lui-même.

Une équipe qui développe une plateforme SaaS, un logiciel métier ou un produit grand public ne rencontrera pas les mêmes besoins, elles n’utilisent donc pas exactement les mêmes formulations.

En réalité, il est rare qu’un Product Backlog ne contienne qu’un seul type de User Story. Une Story classique peut côtoyer un Spike, un bug ou une amélioration technique sans que cela pose le moindre problème.

L’objectif n’est pas d’uniformiser les intitulés, mais de rendre le backlog compréhensible et utile pour tous les acteurs du produit.


3. Qu’est ce qui compte réellement ?

À force de parler de modèles, il est facile d’oublier l’essentiel.

Une User Story n’a jamais eu vocation à devenir une mini-spécification fonctionnelle. Son rôle est plutôt de faciliter les échanges entre les personnes qui conçoivent, développent et utilisent le produit.

Qu’elle commence par « En tant que… », « Lorsque… » ou qu’elle ne suive aucun modèle particulier importe finalement assez peu.

Les questions les plus importantes sont :

  • Le besoin est-il compris par toute l’équipe ?
  • La valeur recherchée est-elle clairement identifiée ?
  • Les critères d’acceptation permettent-ils de savoir quand le travail sera terminé ?
  • La Story est-elle suffisamment petite pour être réalisée dans un délai raisonnable ?
  • Favorise-t-elle les discussions plutôt que de les remplacer ?

Si la réponse est oui, alors la forme utilisée est la bonne.


En définitive, il n’existe pas une seule bonne manière d’écrire une User Story. Il existe des pratiques adaptées à des contextes différents.

C’est peut-être là la plus grande leçon à retenir : une User Story est un outil au service de la collaboration, pas un exercice de mise en forme. Les équipes les plus efficaces ne sont pas celles qui appliquent un modèle à la lettre, mais celles qui choisissent consciemment la manière de formuler leurs besoins pour mieux construire leur produit.